Si vous êtes en train de lire cet article, c’est que l’achat d’occasion vous intéresse. Mais peut-être avez-vous encore des peurs ou des doutes.  Osons un peu d’introspection et allons voir ce qui se cache derrière cette petite voix qui vous fait hésiter.

 

Le besoin de sécurité

Disons-le tout net : acheter d’occasion comporte une part de risque plus importante que l’achat neuf. Si vous avez comme motif d’achat principal la sécurité, il y a de fortes chances que vous évitiez les achats d’occasion pour vous rassurer. Mais si beaucoup de gens associent achat neuf et sécurité, encore faut-il savoir de quelle sécurité on parle.

Est-ce la sécurité sur la qualité ? C’est bien compréhensible. Rappelez-vous néanmoins que l’achat neuf n’est pas exempt de mauvaises surprises. En témoignent les produits faisant l’objet d’un rappel en magasin : présence de plomb dans un plat à tajine, de colorants interditsdans une paire de gants en cuir,  risque de noyade avec une bouée pour enfant, etc.Qu’on se rappelle égalementle cas des Galaxy Note 7 de Samsung, pourtant des appareils haut de gamme, dont les batteries s’étaient embrasées.

Est-ce la sécurité due à la garantie ? Sachez qu’en achetant auprès d’un professionnel de l’occasion, vous bénéficiez des garanties légales au même titre que le neuf. Certains objets sont mêmes garantis à vie par le constructeur et qu’ils soient d’occasion ou neuf n’y change rien (tous ces aspects sont traités en détail dans le chapitre 10).

Est-ce la sécurité sur les conditions d’utilisation ? Il est parfois dit qu’acheter d’occasion serait dangereux dans la mesure où le produit ne serait plus accompagné de son emballage d’origine et de sa notice d’utilisation. Pensons par exemple à un siège auto dont l’installation précise est garante de la sécurité de l’enfant. Sachez que les vendeurs vous les proposeront souvent d’eux-mêmes notamment si les articles sont Comme neuf ou Très bon état. Si ce n’était pas le cas, vous pourriez les retrouver facilement sur le site du fabricant, sur les sites marchands ou sur des sites spécialisés comme recherche-notices.fr ou central-manuels.com.

Est-ce la sécurité concernant laprovenance ? Pour être sûr que l’objet ne soit pas volé, vous pouvez vous donner comme règle de n’acheter que de première main, avec l’original de la preuve d’achat à l’appui. Même dans ces conditions, il reste de belles occasions à dégoter.

Est-ce la sécurité sur l’authenticité ? Les contrefaçons sont une plaie. On en trouve dans le monde de l’occasion mais également en neuf. Pour y échapper à coup sûr, il faut avant tout bien s’informer (par exemple ici et ).

Est-ce la sécurité sur la transaction ? C’est tout à fait possible en achetant d’occasion ! Vous trouverez de nombreux conseils dans mon guide pour sécuriser le paiement de votre transaction (chapitre 8) et pour éviter de tomber dans une arnaque (chapitre 9). Car n’oubliez pas que, là également, c’est le fait d’être informé qui fera la différence.

Plusieurs acteurs du monde de l’occasion intègrent dans leur modèle économique une vérification systématique de ce qui est vendu. Les domaines concernés sont déjà bien variés (du disque vinyle au vélo en passant par les vêtements haut de gamme ou les smartphones) et ont vocation à se généraliser dans l’avenir. Ils sont désignés dans le guide par le symbole [T] afin d’indiquer un tiers de confiance.

 

La crainte de paraître pauvre…

Voilà un frein de taille à l’achat d’occasion : la peur de paraître pauvre, d’être celui qui n’a pas les moyens et qui se retrouve condamné à acheter ce que les autres ne veulent plus. C’est pour ces raisons notamment que j’ai eu du mal à envisager d’acheter des vêtements d’occasion (je détaille ce point au chapitre 13). Acheter un article ou deux pourquoi pas, mais de là à ce que cela devienne mon premier réflexe, il y avait un grand pas !

Comme on l’a vu au premier chapitre, il y a toutes sortes d’états pour les produits d’occasion et certains sont littéralement comme neuf. Il existe en outre toutes les gammes dans le monde de l’occasion. Celle qui se développe le plus ces derniers temps, c’est le secteur du luxe d’occasion. On y trouve des objets d’exception à des prix… d’exception ! Ce sont des objets avec une notoriété perçue très importante. Oui mais, me direz-vous, ce sont des objets qui ne sont plus disponibles en neuf et où le marché d’occasion s’impose de lui-même. C’est vrai.

Mais alors, qui achètent volontairement de l’occasion ? Ceux qui ont les moyens d’acheter neuf achèteraient-ils des objets d’occasion ? La réponse est oui, au moins autant que les autres si ce n’est plus. Dans un article du journal Le Monde, on lisait que “par rapport à la moyenne des internautes, le site Leboncoin rassemble davantage de catégories socio professionnelles supérieures, c’est-à-dire de chefs d’entreprise, cadres, artisans et commerçants.”

C’est que l’achat d’occasion peut être un choix a pleinement assumé et valorisé. Car la question n’est pas forcément de savoir si l’on a ou pas les moyens d’acheter neuf. Ce serait plutôt de savoir ce qui est le plus responsable, ce qui est le plus juste. Et comme on le verra plus en détail dans les chapitres suivants, acheter ou vendre d’occasion est vertueux en lui-même, que ce soit au niveau environnemental ou social. L’occasion peut être un vrai choix, quelque soit le nombre de zéro sur votre compte en banque.

 

… ou avare

“J’avoue avoir un peu de mal avec les jouets d’occasion pour les cadeaux. C’est un peu con, mais dans mon esprit un cadeau doit être neuf et sous-emballage. Par contre pour les petits achats de jouet en dehors de Noël et des anniversaire, je suis super pour.”

Mickaël 

A moins de débourser le moindre euro à contre-cœur, la désignation de radin est avant tout une question de point de vue. Par exemple, un adolescent comprendra bien que vous lui achetiez un smartphone d’occasion s’il s’agit d’un modèle et d’une marque connue plutôt qu’un neuf bas de gamme (“bah il est trop nul ton truc”). En revanche, pour un même objet, il pourra se sentir lésé si vous lui achetez d’occasion (“mes parents, c’est vraiment des radins”).

Pour beaucoup, la valeur d’un cadeau est directement liée à sa valeur marchande. Si c’est moins cher, alors ce sera moins bien. Comme le note Dominique Desjeux, anthropologue spécialiste des questions de consommation : “offrir un cadeau d’occasion présente un risque quand il s’agit de ses proches car un cadeau est aussi le symbole et la marque de son investissement personnel envers l’autre” (lire cet article). A priori, on a pas trop envie d’avoir des relations “au rabais” avec ses proches. Alors, faut-il forcément débourser de l’argent pour faire plaisir ?

Quand on offre un cadeau, chacun gagnera à faire la part des choses entre obligation sociale (envie de bien se faire voir, de faire comme tout le monde) et envie de faire réellement plaisir. L’intention amène une vraie différence entre achat d’occasion radin et achat d’occasion malin. Mais il n’y a pas que l’intention qui compte ! Rappelez-vous que la condition pour que votre intention soit acceptée, c’est qu’elle soit partagée et comprise. Si vous m’offrez un cadeau d’occasion : c’est très bien ! Je recevrais le geste comme une marque d’attention supplémentaire en plus de l’objet. Mais s’il s’agit d’une personne qui n’est pas sensibilisée, c’est le bide assuré. Non seulement elle se sentira offensée mais vous vous retrouverez en plus avec l’étiquette de radin.

 

 

L’empreinte émotionnelle

Pour certains, c’est l’empreinte émotionnelle (certains diront énergétique) qui empêche de se tourner vers le marché de seconde main. Il est en effet parfois difficile d’imaginer acheter et utiliser des objets ayant appartenu à d’autres personnes.Bien que difficilement verbalisable, on peut “le sentir” ou “ne pas le sentir”, ce qui relève du domaine de l’expérience propre à chacun. 

“Je n’aime pas acheter d’occasion. C’est très personnel comme ressenti et je comprends qu’on ne le partage pas mais je n’aime pas avoir quelque chose que quelqu’un que je ne connais pas a déjà utilisé avant. Si ça vient d’amis ou de la famille en revanche, aucun souci.”

Christelle

Il m’est arrivé une expérience qui illustre bien ce ressenti. Je me suis en effet vu proposer de récupérer les vêtements d’une personne qui venait de décéder, personne qui, c’est important à préciser, ne m’était pas inconnue. Parmi les vêtements, plusieurs polos Lacoste qui étaient à ma taille. Bien que je “ne le sentais pas”, j’ai quand même fait un essai qui a vite confirmé mon impression défavorable.

Je ressens parfois le même genre de sensations dans des brocantes ou lorsque je regarde ce qui se vend dans les ventes aux enchères. C’est comme si certains objets n’étaient pas vraiment disponibles, qu’ils étaient encore chargés de l’énergie d’avant ou des conditions malheureuses dans lesquelles ils se retrouvent à vendre : faillite, divorce, liquidation judiciaire, saisie, décès, etc.

Heureusement, la majorité des objets d’occasion sont en vente pour des raisons bien plus triviales : erreur d’achat, renouvellement des équipements, vêtements devenus trop petits, vidage de placards avant déménagement, cadeaux qui ne plaisent pas. Autrement dit, l’empreinte émotionnelle est généralement légère. De plus, rien n’interdit qu’elle puisse être, aussi, positive.